La coordination par le marché ignore la justice sociale. La répartition primaire, qui correspond à l’ensemble des revenus dont bénéficient les ménages en contrepartie de leur participation directe (revenus d’activité) ou indirecte (revenus du capital et de la propriété) à la production de richesse, génère des inégalités. L’État peut mettre en place une politique sociale visant à corriger certaines inégalités, en fonction des considérations d’équité et de justice sociale.
1. Les inégalités de revenus
A. L’inégalité des niveaux de vie
Sur trente-six ans, de 1970 à 2006, les inégalités de niveau de vie ont diminué. La réduction a été forte dans les années 1970. Elle s’est poursuivie ensuite, en s’atténuant, jusqu’en 2006, où les 10 % les plus riches ont un niveau de vie 3,41 fois supérieur à celui des 10 % les plus pauvres. En 1970, c’était 4,64 fois plus.
B. Les facteurs d’inégalités
1. L’emploi et les inégalités salariales
L’écart de taux de rémunération nette des 10 % de salariés de 25 à 54 ans les moins bien payés et celui des 10 % les mieux payés est de l’ordre de 1 à 3 pour les salariés à temps complet qui ont travaillé toute l’année.
Mais, si l’on intègre tous les salaires perçus, emplois à temps partiel et/ou durée incomplète sur l’année, l’écart passe de 1 à 13. Les emplois précaires (CDD, CTT, stages divers…) associés aux contrats de travail à temps partiel génèrent de nouvelles formes d’inégalités.
2. Le sexe, la catégorie sociale et les inégalités salariales
L’écart moyen des salaires entre hommes et femmes, pour les postes à temps complet, est de 24 %.
Selon les catégories socioprofessionnelles, les salaires versés sont différents. Les cadres perçoivent des rémunérations plus importantes que celles des professions intermédiaires, des ouvriers et des employés. Les cadres gagnent, en moyenne, plus de 2,7 fois plus que les ouvriers et 2,8 fois plus que les employés.
On constate que, d’une manière générale, plus on s’élève dans la hiérarchie des salaires et plus l’inégalité entre les hommes et les femmes s’accroît.
3. L’âge et les inégalités de revenus
On constate des inégalités de salaires selon l’âge, les salariés les plus jeunes étant les plus mal rémunérés. Les salaires versés augmentent avec l’âge. L’ancienneté, l’expérience constituent un élément déterminant de la rémunération des salariés.
4. La taille de l’entreprise et les inégalités salariales
Plus la taille de l’entreprise est importante et plus les salaires versés sont élevés. L’écart va de 7,5 %, entre les entreprises les plus petites (1 à 9 salariés) et celles de 10 à 19 salariés, à 28,6 % entre les premières et les plus grandes (plus de 250 salariés).
C. La pauvreté
Selon la définition que l’on retient de la pauvreté monétaire, on arrive à des résultats différents. On est pauvre, en 2006, si le niveau de vie individuel est de 880 € (seuil de 60 % du niveau de vie médian) ou de 681 € (seuil de 50 % du niveau de vie médian). Le niveau de pauvreté monétaire varie donc selon la définition retenue de cette pauvreté.
En 2006 :
– le taux de pauvreté était de 13,6 % de la population totale et représentait 7,9 millions de personnes pauvres avec un seuil à 60 % ;
– le taux de pauvreté était de 7,1 % de la population totale et représentait 4 millions de personnes pauvres avec un seuil à 50 %.
Quelle que soit la définition que l’on retient de la pauvreté monétaire, on observe qu’elle a diminué entre 1970 et 2005. La baisse a été surtout sensible entre 1970 et 1990 et s’est pratiquement interrompue jusqu’en 2003. On constate une reprise de la pauvreté en 2004.
2. L’État face aux inégalités : la politique sociale
L’État peut mettre en place une politique qui vise à corriger certaines inégalités. Cette politique redistributive a comme composante essentielle la protection sociale.
A. La redistribution
La redistribution est une opération de l’État et des organismes de Sécurité sociale consistant à prélever des impôts et des cotisations sociales pour verser ensuite des prestations sociales ou revenus de transfert.
L’objectif de la redistribution est la réduction des inégalités. Il s’agit de rééquilibrer une répartition primaire inégale des revenus. Elle passe, en particulier, par la progressivité de l’impôt. Plus le revenu augmente et plus l’impôt est élevé. Cette progressivité entraîne une redistribution verticale qui s’exerce des ménages à revenus élevés vers ceux à bas revenus.
B. La protection sociale
1. Les principes
La protection sociale désigne tous les mécanismes de prévoyance collective permettant aux individus de faire face aux conséquences financières des « risques sociaux » (maladie, chômage, vieillesse, famille…).
La protection sociale se situe dans une logique d’assurance sociale. Elle permet de s’assurer contre les risques de perte de revenu en cas de chômage, maladie, vieillesse, accident du travail. Les prestations sociales sont versées à ceux qui cotisent.
La protection sociale se situe également dans une logique d’assistance. Elle permet d’instaurer une solidarité entre les individus pour lutter contre les formes de pauvreté. Il s’agit d’assurer aux plus pauvres un revenu minimum.
La protection sociale s’inscrit enfin dans une logique de protection universelle. Les prestations sociales sont accordées sans cotisations préalables et sans conditions de ressources. Les allocations familiales sont dans cette logique.
2. Les prestations
Les prestations de la protection sociale sont en progression constante et sont de trois natures :
– les cotisations sociales représentent une part majoritaire (65,5 % en 2005) des prestations de la protection sociale. Elles couvrent une grande partie des risques maladie, chômage et vieillesse ;
– le financement fiscal par les « impôts et taxes », qui se compose en grande partie de la CSG (cotisation sociale généralisée), relève plutôt de la solidarité ;
– les contributions publiques de l’État relèvent essentiellement de la solidarité nationale (ex. : le RMI et le fonds de solidarité vieillesse).
La part des cotisations sociales tend à diminuer dans le financement de la protection sociale au profit des prestations fiscales, au premier rang desquelles la CSG. Cette évolution vise à diversifier le mode de financement de la protection sociale, qui reposait essentiellement sur les cotisations sociales. Ce système était devenu contestable en raison d’un alourdissement du coût du travail, d’un problème d’efficacité et de justice car le prélèvement ne pesait que sur les revenus du travail, d’un manque de légitimité car seuls les salariés cotisaient alors que la Sécurité sociale a été généralisée à tous les résidents en France.